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Pascale Bussières est la nouvelle étoile montante du cinéma canadien. Encore méconnue du public français, elle tourne, dans son pays, jusqu'à quatre films par an, aussi bien en français qu'en anglais. Venue à la comédie un peu par hasard, elle porte sur le métier un regard aussi intelligent qu'averti : le regard d'une comédienne depuis toujours attirée par la réalisation. Présente à Villefranche durant toute la durée des 4èmes Rencontres, du 20 au 24 octobre 1999, elle y a présenté deux films : El Dorado de Charles Binamé et Un 32 août sur terre de Denis Villeneuve, aujourd'hui dans les salles. Film expérimental, entièrement improvisé, El Dorado est la photographie juste et sensible de la jeunesse de Montréal au milieu des années 90. Quant à Un 32 août sur terre tourné dans un cinémascope rutilant, il renouvèle avec bonheur le genre road-movie, en introduisant dans le scénario une histoire d'amour tragi-comique, à la limite de la métaphysique. Le film est le premier long-métrage du cinéaste qui avait auparavant participé à la réalisation de Cosmos , film à sketches québécois diffusé lors des 3èmes Rencontres. |
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Comment êtes vous devenue comédienne ?
J'ai
fait mon premier film à 13 ans. Ça s'est passé par hasard. Ma mère avait entendu
à la radio une espèce de requête : un metteur en scène cherchait deux adolescentes
pour jouer dans son premier long métrage. Ma mère a pris ça en note. J'ai appelé
quelques jours après. Mais je n'avais jamais eu le désir, même inavoué, de faire
ce métier. C'est ce détachement là, je crois, qui est payant dans ce genre de
circonstances. Parce qu'il y a une forme de sincérité là dedans. C'est plus
intéressant d'arriver les mains vides, je trouve, que de venir avec la théorie.
Enfin peu importe, le premier contact avec le film s'est fait de façon assez
agréable, décontractée. La réalisatrice était Micheline Lanctot qui est aussi
comédienne. Elle a joué beaucoup dans les films de Gilles Carle, notamment "
La vraie nature de Bernadette " qui avait assez bien marché ici à une époque
où le cinéma québécois était à la mode. C'est une des premières femmes à être
passée à la réalisation, au Québec. C'est un peu une pionnière. Ce n'était pas
évident au début de défricher le terrain pour les femmes. Elle a un langage
très singulier, aussi. Donc après la première rencontre, elle me rappelle pour
faire des tests caméras. Comme elle cherchait une paire, un duo d'actrice qui
pourrait coller ensemble, elle me fait rencontrer l'autre fille. Et voilà, quelques
jours plus tard, elle me rappelle pour me proposer le rôle. Sur le coup, j'ai
hésité. Je ne savais pas si j'avais vraiment envie de faire ça. Finalement c'est
plus l'idée de ne pas aller à l'école pendant un mois, de tourner de nuit avec
des adultes, de faire un truc extraordinaire qui m'avait convaincu.
Mais ce qui m'a le plus intéressée au bout du compte, c'est la réalisation,
le travail de Micheline, toute la réflexion, les décisions à prendre. Cela me
paraissait beaucoup plus stimulant que le métier d'actrice que je trouvais assez
banal à ce moment là. Parce que plus on le fait, plus c'est difficile, il me
semble. Mais au départ, surtout à treize ans, c'est très spontané, on ne comprend
pas trop ce que l'on attend de nous. C'est plus tard, alors que j'étais étudiante
en réalisation, et que parallèlement j'ai commencé à jouer beaucoup de rôles
au cinéma, que j'ai dû faire un choix. J'avais vingt-deux ans à peu près. J'ai
décidé de me consacrer à cela, d'y mettre plus d'énergie. Tout cela est arrivé
assez naturellement, en fait. C'est vraiment une question de contexte. C'était
de plus en plus une évidence, je sentais que cela marchait bien, qu'il y avait
quelque chose à explorer. Et puis, parmi les propositions que l'on me faisait,
il y en avait vraiment que je ne pouvais pas refuser. D'autant plus qu'aller
vers la réalisation était une autre voie beaucoup plus précaire, qui m'aurait
demandé beaucoup de temps et que je pourrais de toute façon reprendre n'importe
quand.
C'était donc une décision presque automatique. Je me suis dit " profitons
de ce qui se passe et on verra plus tard " Et puis finalement, depuis cela
n'a pas tellement arrêté. Chaque année, il y a eu deux, trois films et même,
dernièrement quatre. C'est beaucoup. C'est même trop au Québec, parce que très
vite le marché est saturé. D'où la nécessité d'aller chercher un peu ailleurs,
de s'ouvrir éventuellement sur autre chose. C'est pourquoi les acteurs québécois
font beaucoup de théâtre, de télévision, de radio
On n'est pas sectaire,
tout le monde fait de tout. C'est nécessaire pour assurer une bonne rotation
des acteurs. Moi, quand les gens en auront marre de voir ma gueule dans les
films québécois je retournerai à la réalisation !
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Qu'est-ce qui vous fait accepter un scénario ?
Il y a pleins de raisons, et ce ne sont jamais les mêmes. C'est souvent l'ambiance
du film. Parce que je trouve qu'un scénario, c'est très unidimensionnel. C'est
très plat, cela n'a pas de relief et on peut faire n'importe quoi avec un scénario.
On peut prendre vraiment mille directions. Et surtout que quand on fait, comme
moi, beaucoup de premier longs-métrages de jeunes cinéastes, on ne sait jamais
trop dans quoi on s'embarque. Donc, le seul repère, c'est peut-être l'ambiance,
le climat que j'arrive à détecter. Quand une atmosphère se crée, c'est déjà
énorme. Les dialogues, après, cela se retravaille, on peut élaguer. De même
pendant le tournage, on peut modifier certaines choses. Même l'histoire, à la
rigueur, cela a plus ou moins d'importance. C'est vraiment le contexte qui est
déterminant. Une histoire banale peut devenir une grande tragédie humaine, selon
la manière dont on la raconte. Et puis, d'un film à l'autre, j'essaie de ne
pas reproduire ce que j'ai déjà fait, d'aller vers des personnages très différents.
Le piège, c'est toujours de se jouer soi-même ou d'avoir l'impression qu'on
n'a pas suffisamment de chair pour aller ailleurs que dans nos propres références.
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Si vous deviez faire un film ?
J'ai toujours rêvé de faire un court-métrage sur le 1er
juillet au Québec. C'est le début des baux pour les appartements. C'est le seul
endroit au monde où tout le monde déménage le même jour. C'est le bordel total.
Tu peux te taper cinq déménagements dans la journée : un copain prend ton appartement,
tu prends l'appartement de quelqu'un d'autre etc
Conséquemment, trois
mois avant, au moment où on doit dire au propriétaire si on reste ou pas, donc
au printemps, il y a énormément de séparation de couples. Tout le monde s'interroge
: " Est-ce que je reste ou pas ? Est-ce qu'on déménage ensemble ou pas
? " Cela crée une espèce de mouvement assez marrant. Et puis dans les rues,
on ramasse des matelas, des canapés, des tas de trucs
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Est-ce que le fait d'avoir à participer à l'écriture d' " Eldorado "
par l'improvisation a été un élément qui vous a incité à accepter le rôle
?
C'est vrai que la formule était très séduisante pour les
acteurs : ils allaient enfin pouvoir dire ce qu'ils voulaient. Mais en même
temps, c'est un piège parce que dans ce procédé là, on exerce une double fonction.
Or j'ai l'impression que quand un acteur joue, il doit vraiment se couper la
tête, ce n'est plus le moment de se questionner, de demander le pourquoi du
comment. Il faut trouver plus l'état que l'idée. Et quand on improvise, on doit
avoir de la suite dans les idées ! Si l'état est bien placé, ça va. Donc on
a travaillé sur l'état des personnages pendant trois mois, pour savoir d'où
ils venaient, quel était leur passé
Mais au moment de jouer
Il n'y
a pas grand chose qui m'empêche de dormir ! Mais ce film là m'a vraiment empêché
de dormir : la peur de ne pas être juste, d'emprunter quelque chose
Et
puis on n'avait qu'une seule chance, on ne faisait qu'une seule prise. A chaque
fois, ça passe ou ça casse, c'est un peu une mise à mort. C'est un peu angoissant
Ce film est le résultat d'un travail mais il n'est peut-être pas vraiment achevé.
Et je pense - les autres comédiens le diraient sans doute aussi - qu'après le
film on aurait pu en tourner un autre plus abouti. Mais cela n'enlève pas ses
qualités à " Eldorado ". C'est très intéressant de voir une uvre
en processus, en exploration. L'improvisation a ses limites dans l'articulation
des idées mais en même temps, elle permet une grande qualité de jeu. Peut-être
parce qu'on se regarde beaucoup, qu'on ne sait jamais ce qu'il va se passer.
Il y a beaucoup d'écoute entre les acteurs. Mais c'est vrai qu'il y a beaucoup
de maladresses. Si c'était à refaire aujourd'hui, même en improvisant, j'aurai
une toute autre approche.
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