Yann Dedet, cinéaste par passion du Jura et du Japon
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Après
avoir été pendant 25 ans l'un des monteurs les plus en vue
du cinéma français - il a notamment travaillé avec
François Truffaut et Jean-François Stévenin - Yann
Dedet est passé à la réalisation avec " Le pays
du chien qui chante ". Tourné pour ARTE, le film était
présenté en avant-première aux 400 coups lors des
7es Rencontres. Nous vous proposons ici un extrait de l'entretien réalisé
avec Yann Dedet à cette occasion. |
- Qu'est-ce qui pousse un monteur réputé à passer à la réalisation ?
- Yann Dedet : En fait, pour moi, c'est l'inverse qui s'est passé. J'étais
entré dans le cinéma pour faire des films. Comme beaucoup de gamins
à qui le grand-père a offert une caméra, j'avais fait des
tas de petits films, en bricolant tout moi-même. Quand je suis arrivé
dans ce monde, j'ai été très étonné de constater
que le travail était partagé entre autant de métiers. Moi,
je suis " tombé " dans le montage. Ce que j'ai fait pas trop
mal, avec des gens extraordinaires, comme François Truffaut. Cela m'a
fait une carte de visite impressionnante et m'a permis de continuer à
travailler avec des réalisateurs vraiment intéressants. J'ai été
un peu " coincé " dans le montage, même si j'ai adoré
faire ce métier.
Donc, revenir à la réalisation, c'était vraiment une attente...
Mais passer de l'autre côté n'a pas été si facile.
J'ai essayé de faire un film à 30 ans, puis vers 40. J'ai fini
par le faire à la cinquantaine. A 30 et 40 ans je voulais faire des films
à chaud sur ce qui m'arrivais. Et c'est difficile de s'impliquer dans
un projet trop autobiographique lorsque l'on pas assez sûr de soi. Si
le projet du " Pays du chien qui chante " a pu aboutir c'est parce
que cette histoire n'est pas soupçonnable d'être la mienne et en
même temps elle est entièrement moi. Quand ce sujet a surgit, il
y a six ans, il avait toutes les qualités requises pour que je sois "
en état d'action, de fabrication ".
- Comment est née cette histoire ?
- Y.D. : Lorsque Jean-François Stévenin préparait "
Passe-montagne " je l'ai accompagné pour les repérages. A
cette occasion j'ai découvert un pays. Je suis vraiment un enfant du
macadam parisien. Là, j'ai découvert l'herbe. Ce n'est pas que
je ne sois jamais allé à la campagne avant, mais celle-ci, je
l'ai particulièrement aimé, d'autant plus que les Jurassiens sont
à l'égal de leur pays. Ce sont des gens merveilleux, qui parlent
un beau français, qui ont une vraie noblesse. Je suis donc tombé
amoureux de ce pays... Parallèlement, dans le même temps, j'ai
commencé à lire beaucoup de romans, et quelques livres de philosophie,
japonais. Et puis une après-midi, il y a six ans, m'est tombé
sur la tête l'idée de mélanger ces deux passions, l'une
physique et l'autre complètement cérébrale, puisque je
ne suis jamais allé au Japon...
- Qu'y a-t-il de vraiment japonais dans votre film ?
- Y.D. : Le Japon du film est complètement fantasmatique. C'est le Japon
d'un amoureux, pas d'un scientifique. Et l'histoire n'est pas spécifiquement
japonaise. Les personnages sont des Japonais. Mais ce sont avant tout des humains
à qui il arrive un problème universel... Ce qui m'intéressais
vraiment, c'était capter l'âme japonaise, qui est triste quand
il pleut... Dans la vie, on est plutôt triste, puis la pluie augmente
la tristesse. Les Japonais, eux, ont une appréhension de ces choses en
prise directe avec une espèce de panthéisme très léger
et simple, qui fait que tout est au même niveau, la tristesse humaine
et la pluie, les animaux et les humains. Il y a une égalité de
vue que j'ai essayé de filmer comme je crois qu'ils la ressentent. C'est
en cela que je trouve mon film entre guillemets japonais. J'y ai mis ce que
je crois comprendre de l'âme japonaise.
Propos recueillis par Emmanuelle Blanchet
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