Charles Najman ou la passion d’Haïti
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Ecrivain,
journaliste, et surtout réalisateur depuis son formidable La
Mémoire est-elle soluble dans l’eau ?, Charles Najman
devait présenter son nouveau film, Royal Bonbon en novembre,
lors des 7es Rencontres. Un problème technique l'en avait empêché.
Mais le cinéaste avait promis de venir à Villefranche S/S
dès que possible. Ce fut chose faite le 28 mars. Prix Jean Vigo
2002, Royal Bonbon, dont la sortie en salle est prévuepour
le mois de mai, est l’aboutissement de 13 ans de travail sur une
île oubliée, Haïti. |
- Royal Bonbon est le quatrième film – le premier de fiction – que vous tournez en Haïti. Qu’est-ce qui vous passionne autant dans ce pays ?
- Charles Najman : Cela fait treize ans que je me rends régulièrement en Haïti. La première fois, c’était pour le journal Le Monde, à l’occasion de la célébration du bicentenaire de la Révolution. J’ai découvert là un pays fascinant, tant par sa culture imprégnée de rituels vaudous, l’imaginaire de son peuple, son rapport au monde, à la vie, à la mort, que par son histoire. Haïti est le seul pays à être devenu indépendant à la suite d’une révolte victorieuse d’esclaves, en 1804. Ces anciens déportés d’Afrique ont vaincu les armées Napoléoniennes et ont fondé la première république noire du monde.
- Votre film est l’adaptation, stylisée et poétique, de l’épopée du roi Christophe. Comment est née l’idée de raconter cette histoire ?
- C.N. : Il y a trois ans, j’ai rencontré, par hasard, un vieil homme très misérable qui se prenait pour le roi Christophe, l’un des libérateurs d’Haïti, premier roi du Nouveau monde et édificateur d’un incroyable royaume au Nord de l’île, avec le palais de Sans-Souci. Je me suis dit qu’en racontant cette histoire, j’avais l’occasion de faire un film contemporain, tout en rappelant cette page glorieuse du pays. Qui plus est dans de magnifiques décors naturels.
- Quelles difficultés avez vous rencontré pour la réalisation ?
- C.N. : Mon film est une sorte de fable, de poème. Je dirais même qu’il est un peu le rêve éveillé de cet homme, ce personnage qui se prend pour le roi. J’avais donc besoin de beaucoup tourner la nuit, notamment dans le palais en ruine. Or, en Haïti, il n’y a rien, il faut tout inventer. Il n’y a même pas l’électricité dans cette région. Il a fallu amener un groupe électrogène très puissant par des routes très difficiles. En outre, nous avions un budget extrêmement limité. Il fallait tourner en peu de temps, ce qui, avec des acteurs non professionnels est une gageure. En même temps c’était une aventure humaine très enrichissante.
- Ce film met-il un point final à votre travail sur Haïti ?
- C.N. : Pas tout à fait. J’ai un dernier projet lié au bicentenaire de la révolution d’Haïti, en 2004. Mais je travaille aussi sur d’autres sujets. Je viens de terminer le scénario d’une fiction sur le conflit israélo-palestinien. Le film devrait s'appeler Aliya.
Propos recueillis par Emmanuelle Blanchet
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