Christian Verbert : Renouveau du cinéma québécois, Denys Arcand... et les autres
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Avec
la projection des Invasions barbares de Denis Arcand, grand succès
de l'année couronné par deux prix au dernier festival de
Cannes, et d'un programme de courts-métrages réalisés
par les élèves de l'Institut national de l'image et du son
de Montréal, les organisateurs des Rencontres du cinéma
francophone en Beaujolais, avaient décidé, pour leur 8e
édition, de mettre l'accent sur le cinéma du Québec,
en plein renouveau. Pour en parler, Christian Verbert directeur de la
Société de développement des entreprises culturelles
pour le Québec, était présent au " 400 Coups
" le 12 octobre 2003. Interview. |
Pouvez vous, avant tout, nous présenter votre organisme, la SODEC ?
- Christian Verbert : La SODEC est une société parapublique rattachée
au ministre de la Culture du Québec. Son conseil d'administration est
composé des représentants du milieu culturel, c'est dire le cinéma,
l'édition, la musique, le spectacle vivant et les métiers d'art.
Autrement dit, la SODEC est un guichet unique pour représenter toute
la culture québécoise.
- Cette année cinématographique est place sous le signe du Québec
avec le triomphe des Invasions barbares. Est-ce le signe d'un renouveau
ou juste un trompe-l’oeil ?
- C.V. : Non, ce n'est pas un trompe-l’oeil ! C'est vraiment le résultat
d'un travail bâti sur plusieurs années. Et d'abord grâce
au dynamisme des producteurs et distributeurs québécois. Je vous
rappelle qu'au dernier festival de Cannes, il y avait six films du Québec
présents dans les différentes sections. Trois étaient des
productions québécoises à part entière, et trois
des co-productions. Il faut noter que l'aspect co-production est très
important. Les gens doivent savoir que Les Triplettes de Belleville,
La petite Lili de Claude Miller ont été co-produits avec
le Québec. Les Invasions barbares est co-produit avec la France.
Quant au Québec même, depuis maintenant trois ans, de nombreux
films 100 % québécois battent tous les scores au box office et
font mieux que certains films américains. Le film de Jean-François
Pouliot, La grande séduction, par exemple, a rapporté
8 millions de dollars canadiens de recette. Ce qui est énorme pour un
territoire qui compte de 5,5 6 millions de francophones ! Et il y a d’autres
exemples : Séraphin, qui raconte une histoire qui s’est
déroulé au début du XXe siècle a battu tous les
records, jamais un film n’avait atteint un tel nombre d’entrées
sur le territoire québécois. Idem pour Mambo Italiano,
qui va d’ailleurs sortir en France, à l’instar de La grande
séduction qui devrait trouver prochainement un distributeur ici. Le succès
de tous ces films fait finalement que la part des films québécois
au Québec est considérable par rapport au cinéma américain.
Même si évidemment celui-ci tient encore une place trop énorme…
- Le Québec dispose-t-il d'un système d'aide
la création équivalent celui de la France ?
- C.V. : Oui tout fait. D'ailleurs, la ministre de la Culture qui vient d'entrer
en poste, Line Beauchamp, vient d'accorder la SODEC une augmentation de 66 %
des budgets de production cinématographique - ce qui ne veut pas dire
que nous allons faire plus de films, mais que nous aurons plus d’argent
pour améliorer la qualité de chaque production - et un million
de dollars (canadiens) pour l'exportation. Car vous savez, quand vous vivez
au Québec, entourés de Canadiens anglophones et d'Américains,
vous ne pouvez vous tourner que vers l'Europe. Il ne faut pas rêver, ce
n’est pas aux USA que l’on nous attend et le Canada anglophone a
une culture très différente de la notre. Donc la France, la Belgique,
la Suisse, mais aussi l’Espagne et l’Italie sont des marchés
prépondérants pour nous.
Nous avons donc maintenant des moyens, mais surtout, nous avons, je pense, la
volonté de combattre. C’est à dire que les producteurs,
les distributeurs, les artistes, les scénaristes québécois
se disent qu’ils n’ont pas le choix, qu’ils doivent se battre
et sortir du territoire pour montrer leur travail. Ce n’est pas toujours
facile. En 2002, sept films québécois sont sortis en France. Ils
n’ont pas tous été des succès comme Les Invasions
barbares. Mais je pense qu’il y a un principe : plus on va voir nos films,
plus on entend parler du Québec – dans le cadre notamment de participation
avec la SACD pour la scénarisation – plus les gens sont curieux
et ont envie de faire des affaires avec nous.
- Pour finir, pourriez nous citer quelques noms de cinéastes,
susceptible de prendre la relève de Denys Arcand ?
- C.V. : Je pense tout d'abord quelqu'un comme Philippe Falardeau, qui a réalisé
La moitié gauche du frigo et qui est en train de tourner son
deuxième long métrage. On peut également parler d'André
Turpin, de Manon Briand, réalisatrice de La Turbulence des fluides,
ou encore de Ricardo Trogi, auteur de Québec-Montréal,
un film qui mêle la vision du Québec d'un immigré et son
passé. Cet aspect multiethnique sera certainement une bonne part de l’avenir
du cinéma québécois… Et puis il ne faut pas oublier
Denis Villeneuve, que vous connaissez déjà puisque son 32
août sur terre a plutôt bien marché en France. La relève
existe et est prête se faire connaître ! Mais le vrai problème,
c’est la distribution en France. Même pour les films français.
Combien de films sont produits en France sans quasiment jamais être distribués
!
Propos
recueillis par Emmanuelle Blanchet
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